Proches de la Belgique, quatre hôtels aux histoires folles classés parmi les meilleurs du monde - La façade aux géraniums rouges du Plaza Athénée à Paris - Victoria Henin

Proches de la Belgique, quatre hôtels aux histoires folles classés parmi les meilleurs du monde

The World’s 50 Best vient de couronner les meilleurs hôtels du monde. À moins de deux heures de vol de Bruxelles, focus sur quatre adresses d’exception qui se distinguent autant par leur prestige que par leur passé haut en couleur. Immersion dans quatre adresses mythiques où la petite histoire fait (aussi) tout le charme du grand luxe.
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Claridge’s, Londres : la suite 212, micro-État d’un jour

Vous poussez une porte à tambour à Mayfair, et le sol en marbre noir et blanc se déroule devant vous comme un damier. Un escalier remonte en courbe vers l’étage, entouré de colonnes dorées et de vases Lalique posés là depuis presque un siècle. Claridge’s a ouvert en 1856 dans une simple maison de Brook Street, avant de devenir, au fil des rénovations, le joyau Art déco de Londres. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’hôtel héberge des rois en exil, ceux de Grèce, de Norvège, de Yougoslavie, ainsi que la reine des Pays-Bas.

Et c’est là que la diplomatie s’invite dans la décoration intérieure : en 1945, pour que le prince Alexandre puisse naître en sol yougoslave et non britannique, Winston Churchill fait officiellement déclarer la suite, territoire de Yougoslavie, le temps d’une journée. Un bébé royal est donc né, légalement, dans une chambre d’hôtel londonienne transformée en pays étranger le temps d’un accouchement. Une audace diplomatique qui résonne encore aujourd’hui, alors que le joyau londonien décroche la 13ème place de ce classement mondial.

S’y rendre : un peu moins de deux heures en Eurostar depuis Bruxelles-Midi.

Hôtel Sacher, Vienne : un procès pour une part de gâteau

En 1832, un apprenti pâtissier de 16 ans, appelé à remplacer au pied levé le chef cuisinier du chancelier Metternich, invente dans l’urgence un gâteau au chocolat fourré à la confiture d’abricot. Il s’appelle Franz Sacher et il ne se doute pas encore que sa recette va nourrir un conflit familial sur plusieurs générations. Car son fils Eduard va perfectionner cette tourte en travaillant plus tard chez le célèbre pâtissier Demel, avant de quitter la maison pour fonder son propre hôtel en 1876, où il continue naturellement de la vendre. Demel, de son côté, refuse d’abandonner la paternité de la recette, et l’affaire finit par s’envenimer au point de se retrouver devant la justice autrichienne. Le procès dure neuf ans, de 1954 à 1963, avant qu’un jugement ne tranche enfin, l’Hôtel Sacher garde le droit exclusif d’appeler sa tourte l’Original Sachertorte et de la sceller d’un médaillon rond, tandis que Demel doit se contenter d’un médaillon triangulaire et d’un autre nom. Une victoire historique au goût particulièrement doux pour l’adresse viennoise, qui s’illustre cette année à la 42e place du palmarès mondial.

S’y rendre : environ 1h45 de vol depuis Bruxelles.

Badrutt’s Palace, Saint-Moritz : le pari fou du soleil d’hiver

Tout commence au Kulm Hotel de Saint-Moritz. La légende raconte que l’hôtelier Johannes Badrutt reçoit, à l’automne 1864, quatre clients anglais qui n’ont jamais connu la région autrement qu’en été. Convaincu que l’hiver, dans sa vallée des Grisons, n’a rien à envier à la saison chaude, il leur propose un pari qui frôle l’inconscience commerciale : s’ils reviennent à Noël et ne parviennent pas à prendre le soleil en chemise sur sa terrasse, il remboursera l’intégralité de leur voyage. Les Anglais, curieux et un peu joueurs, acceptent le défi. Ils arrivent en décembre et repartent bronzés à Pâques, sans se douter qu’ils viennent, par ce simple pari, de faire naître le tourisme d’hiver dans les Alpes tout entières.

Quelques décennies plus tard, en 1896, le fils de Johannes, Caspar Badrutt, construit à son tour le Badrutt’s Palace. Aujourd’hui hissé au 36e rang des meilleurs hôtels du globe, cet établissement mythique reste le symbole d’une station qui doit littéralement son existence à un coup de bluff sur la météo.

S’y rendre : un vol direct de Bruxelles jusqu’à Zurich, suivi d’environ 3 h de train à travers les Alpes, l’un des plus beaux parcours ferroviaires d’Europe.

Hôtel Plaza Athénée Paris : d’une espionne aux amours de cinéma

Quand le Plaza Athénée ouvre ses portes avenue Montaigne en 1913, personne n’imagine encore ce qui va s’y jouer quatre ans plus tard. En 1917, la police française pénètre dans l’une des chambres de l’hôtel pour y arrêter Mata Hari, danseuse et courtisanne néerlandaise, soupçonnée d’espionner pour l’Allemagne. Elle sera fusillée quelques mois après.

L’établissement mettra des décennies à effacer ce souvenir sombre, jusqu’à devenir le décor le plus photographié de la Haute Couture française, notamment le jour où Jean Gabin, amoureux de Marlène Dietrich qui logeait juste en face, fait tapisser toute la façade de roses rouges rien que pour elle, avant qu’elles ne soient remplacées par des géraniums, jugés plus simples à entretenir au quotidien. Faisant une entrée remarquée directement à la 41e place du classement, l’hôtel continue de faire rêver en abritant, quelque part entre ses murs, le souvenir d’une espionne et celui d’un amour de cinéma.

S’y rendre : à peine 1h30 en Thalys depuis Bruxelles-Midi.

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